13.
Petits sursauts forcés...
[Petits sursauts forcés (vers le reste du monde) est un parti pris : une séance d’écriture d’environ une heure, au café dans le bruit et la musique (toujours le même, 29/Park), en impro et écriture automatique, toujours au crayon à papier et sur un petit carnet jaune à spirales. Derrière, pas de réécriture ou de correction, sauf les fautes d’orthographe ou de syntaxe un peu trop grossières]
*
Je ressens de plus en plus un besoin de concision, non seulement dans ce que je fais ou j’exprime, mais aussi dans ce que je consomme ou reçoit des autres.
Je n’ai jamais été un grand bavard, ni un adepte des longs discours. Je ne parle que si j’ai quelque chose à dire et si je peux le dire vite et bien (to the point, en anglais). Si je sens que les explications vont être longues et compliquées, parce qu’il y a trop d’espace entre nous et pas assez d’écoute, je préfère alors l’éviter. Partir sans rien dire est encore parfois ce qu’il y a de mieux à faire — je ne supporte plus ceux qui parlent pour ne rien dire ou qui s’écoutent parler.
Il en va de même pour la littérature ou le cinéma, l’expression écrite ou filmée. Je sais qu’il m’est arrivé d’avoir du plaisir à lire un très long roman que je n’avais pas envie de voir finir tellement son univers me convenait et je ne voulais plus en sortir. Mais j’aurais du mal à me rappeler quand j’ai ressenti cela pour la dernière fois.
Peut-être que l’on a tous une période de notre vie où on est plus perméable aux univers de tel ou tel auteur et qu’on s’y glisse plus facilement, et puis à d’autres périodes on devient plus réfractaire, on apprécie le texte sans jamais vraiment oublier que l’on lit un texte, et que tout cela n’est que mots sur une page (ou un écran).
J’en arrive même parfois à rejeter une œuvre juste parce qu’elle est trop longue et que je refuse de me laisser trimbaler de gauche à droite par un auteur qui ne doit pas vraiment savoir où il va si il a besoin de plus de mille pages de roman ou de 3 heures de film pour y arriver.
J’y vois presque de l’impolitesse et de la prétention, de croire que ce que tu as à dire, ce que tu aimerais partager, est si important que cela pourrait justifier un investissement en termes de temps de la part du lecteur ou du spectateur aussi prolongé.
J’aime les romans courts et les films courts, les novellas et les nouvelles, j’aime rester sur ma faim, et avoir l’opportunité de prolonger moi-même le récit, d’imaginer les scènes qui n’ont pas été décrites ou montrées, de m’imaginer seul la suite, mon sequel à moi tout seul. J’aime cette liberté qui s’oppose à ce besoin de certains auteurs de tout dire dans les moindres détails, d’occuper la totalité de l’esprit du lecteur ou du spectateur, sans lui laisser aucune place pour qu’il puisse compléter ou tempérer à sa guise.
Ce n’est sans doute pas par hasard que je me suis lancé dans un projet de micro-fictions qui ne donnent qu’une toute petite partie du récit, et qui force le lecteur à compléter, à participer à la création. Je ne veux pas écrire et je ne veux plus lire de textes qui reposent sur une passivité ou une infantilisation du lecteur.
Mais peut-être aussi que je suis tout simplement moins accueillant avec les récits des autres, comme je suis moins accueillant en général avec les autres, qu’avec le temps je me sens moins obligé de faire un effort pour être plus sociable, pour rencontrer des gens nouveaux, pour retarder l’inévitabilité de la solitude.
Je me souviens comment plus jeune (in my 20’s) je détestais les soirées. Dès qu’il y avait plus de 3/4 personnes que je ne connaissais pas, je devenais très mal à l’aise, je ne savais plus quoi dire (je suis incapable de faire ce qu’on appelle Small Talk, ou ce bavardage incessant sans épaisseur et sans saveur), et le pire mot de langue anglaise pour moi est Mingling, ou se mélanger en passant de l’un à l’autre (rien de sexuel, juste en bavardage).
Dans les soirées on me trouvait généralement planté à côté du bar ou du buffet, ou seul sur le balcon à fumer, à attendre le moment ou je pourrais discrètement m’éclipser sans prendre la peine de dire au revoir à qui que ce soit. Du jour où j’ai décidé de ne plus me forcer à subir ce supplice de la soirée, je me suis senti libéré et grandi.
Je crois que je ressens face aux récits et aux films trop longs la même chose que je ressentais autrefois lors des soirées = l’impression que je ne suis pas à ma place, que je n’appartiens pas à ce monde, et que ma présence ou mon absence ne font aucune différence. Alors comme je m’éclipsais autrefois sans prévenir personne, maintenant je ferme le bouquin inachevé ou j’éteins l’écran du film en cours, et je passe à autre chose.
**
©2026 jerome de la lande - Tous droits réservés.
![[écriteur]](https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!CU2J!,w_40,h_40,c_fill,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2Fa1a630a3-f026-43f3-8a7c-b1e3df1703cb_640x640.png)


Pour contre-balancer le brouhaha, y apporter davantage de rythme par la lenteur et de présence, le monde a besoin de profondeur, d’observateurs et d’essentiel.
Mingling = 🤢